Les marécages (texte)

J’alterne entre le repli sur moi-même et la volonté de partage qui m’ouvre sur le monde.


Les marécages

Il me faut des mots, des mots, j’étouffe, j’étouffe. Ces invisibles voiles s’enroulent et entourent mon cou aux milles cicatrices. L’anxiété du temps qui passe coule goutte à goutte, par delà la vitre de cette fenêtre qui ne s’ouvre plus. Des mots, des mots, vite, je vous en prie, des mots. Tout me monte à la tête : les questions en suspens, la fausse chaleur du salon et la fatigue qui s’est figée dans les ailes brisées des colombes. Je me transforme en escargot et mes yeux explosent. Je me transforme en escargot et ce n’est pas beau.

Ma chambre n’est plus aérée. Engrenages immobiles, allongés, fatigués. J’ai l’impression d’être au pied d’une montagne, pas certaine de vouloir voir ce qu’il y a au sommet. Pas convaincue que le sommet vaille toute cette peine. Mais si j’arrête d’être curieuse et de viser le sommet, ne vais-je pas me morfondre dans l’obscurité ? N’est-ce pas déjà ce qui est en train de passer ? Le train m’a-t-il oublié ou est-ce moi qui n’a pas vu l’heure ? Parfois je me réveille en sursaut avec l’impression d’avoir oublier quelque chose d’important. Parfois je me réveille en sursaut avec la sensation qu’il est déjà trop tard, que les limbes dans lesquelles je dors m’ont arraché à la réalité.

Depuis quand ais-je abandonné l’idée de raconter ces histoires qui vivent dans mon cœur ? Depuis quand ais-je baissé les bras à propos du futur ? Je sens que la fatigue m’emporte, moi et mes idéaux. Je sens que la torpeur m’emporte et je n’ai plus de force. Comment suis-je censée lutter ? Le jour a été troqué contre un écran bleuté et j’alterne entre les rêves et la réalité. Il faut que je reprenne le contrôle, que j’arrête de suivre cette danse qui ne mène nulle part, à part dans de longs couloirs.

Il faisait nuit noire quand tout a commencé. Il fait nuit encore. Ce n’est pas un interrupteur qu’il faut pour allumer le soleil, ça ne fonctionne pas comme ça. Les jambes piégées dans les marécages, repoussée constamment vers les tréfonds de ces heures infinies, je dois suivre les règles pour me sortir de là. Construire un escalier vers le sommet et le gravir une marche à la fois.

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