Des vacances masquées

Je partage une entrée de journal écrite pendant les vacances, pour clôturer cet été étrange et le garder en mémoire.


Visiteurs masqués à Paris

Ce qui est « normal » est différent cet été, différent du début de l’année, différent de l’année dernière. Je me souviens m’être demandée comment le déconfinement du 11 mai 2020 allait se dérouler. Je me souviens de la première fois où le masque était obligatoire pour entrer dans un magasin, je me souviens de la file de cinq personnes qui attendaient le long de la rue, à un mètre d’écart. Désormais, à l’endroit de mes vacances d’enfance, on se balade près de la mer avec un masque.

Parfois il m’arrive de m’arrêter, d’écouter les discussions autour et de remarquer à quel point nous nous sommes habitués à cette réalité et en même temps à quel point c’est encore nouveau. Certains se plaignent qu’il fait trop chaud avec, on parle des amendes si on ne porte pas, d’autres s’énervent de voir des gens sans dans les lieux bondés.

Je me rappelle, au début de l’épidémie, je croyais ce moment terminé en quelques semaines. Quand ma cousine a évoqué l’idée de plusieurs mois, j’ai rigolé amèrement. Désormais, j’ai l’impression que nous allons vivre comme ça pour les restants de nos jours, qu’on ferait mieux de s’y habituer car on enlèvera pas le masque de si tôt. Et même si ce virus devait disparaître, le risque d’autres épidémies ne disparaîtrait pas. D’autres fois, je souhaite sauvegarder la particularité, la bizarrerie de ce moment pour pouvoir m’en souvenir plus tard, quand ça sera terminé. Pour que je puisse me dire « Ah oui, c’était comme ça » et ne pas oublier.

Ne pas oublier l’étrangeté de faire des visites de musées en famille avec des masques jetables et de prendre le bus de son adolescence avec ses amis en portant tous des masques différents, colorés, faits mains ou non. L’étrangeté de se sentir à la fois responsable et détachée de la situation, comme si tout ça arrivait au loin, comme si les mots dans les journaux d’actualités ne portaient pas le poids qu’ils ont réellement, comme si on s’était habitué à ne pas savoir à quoi va ressembler les prochains moments, l’étrangeté d’entendre ses grands-parents dire qu’ils ont peur de se faire infecter et en même temps, d’avoir liberté de faire du shopping au milieu des gens.

Peut-être que dans deux ans, on regardera ça d’un autre œil, soit parce qu’on sera revenu à ce qu’on connait ou tout simplement parce qu’on sera encore autre part, avec une nouvelle normalité. Peut-être que les premières vingt années de ma vie, qui se ressemblaient assez, sont une époque révolue, que tout va continuer à changer et mettre encore vingt ans à se stabiliser. Peut-être pas. En tout cas, les vacances de cette année sont masquées.

Le Louvre entouré de barrières – l’endroit est vide par rapport aux autres années

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